12 tounes qui vont te décalisser l’moral 6

Oh oui, me permets-je.

Il y a quelques temps de ça, je te partageais mes 10 chansons heureuses. Je me suis dit que ce serait intéressant de faire le même exercice, mais à l’inverse, c’est-à-dire un palmarès de tounes qui vont te crisser à terre. Pourquoi ? Hey, pourquoi pas ? Maudit que j’aime cette réponse qui fitte partout. Néanmoins, une chanson triste peut agir à titre de catharsis pour toi. T’as déjà écouté « Everybody Hurts » après une peine d’amour. Une bonne braille, ça fait du bien pareil. Oui mesdames, un homme, ça pleure. Les oiseaux se cachent pour mourir, les hommes se cachent pour brailler.

Toujours est-il que si les tounes happy puisent beaucoup dans leur énergie et leur ambiance, les déprimantes puisent beaucoup dans leur écriture. Je t’invite donc à aller consulter les paroles pour chacune d’entre elles.

Certains choix te surprendront, d’autres non. C’est mon blogue, va chier. À noter que les chansons ne sont pas en ordre d’appréciation générale, mais bien de capacité à te décrisser.

Ça ne risque pas d’être l’article le plus hilarant que tu as lu du Moes, mais c’est bien d’aller piger un peu partout non ?

Voici donc mon top 12 des tounes qui vont te décrisser l’moral.

Apprécie.

 

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12. Slipknot – Snuff (2009)

 

Cette chanson, originalement, en est une qui reste assez pesante de par ses instruments lourds et le style metal du groupe, mais un événement tragique a fait renaître cette chanson et sa signification. Le bassiste du groupe, Paul Gray, est décédé en 2010 d’une overdose. Cette chanson était l’une de ses préférées et, tout naturellement, son ami et chanteur du groupe Corey Taylor s’est mis à dédier la pièce en version acoustique à son ami disparu. Les paroles prennent un tout nouveau sens désormais. La guitare acoustique comme trame de fond à la grosse voix rauque du chanteur, qui a toutes les difficultés du monde à ne pas craquer sur scène, est d’une tragique poésie. C’est vraiment bouleversant de voir le contraste du chanteur heavy metal intimidant qui devient soudainement d’une sensibilité et fragilité désarmantes.

 

11. Creep – Radiohead (1992)

 

Creep se devait d’être dans ce palmarès. La voix dénuée d’âme de son chanteur, le gros riff de guitare au refrain et bien sûr, les paroles. C’est l’histoire d’un gars mal dans sa peau qui est amoureux d’une fille en dehors de sa ligue. Il raconte qu’elle est spéciale et que lui-même voudrait également l’être, mais qu’il se considère comme un creep et qui ne mérite pas d’être là. C’est le classique de la personne qui aime l’autre dans le vide, soit par manque de confiance en soi ou juste par rejet. « I don’t care if it hurts ».

 

10. Dehors Novembre – Les Colocs (1998)

 

On va s’le dire; lorsque Dédé Fortin s’est enfermé dans son chalet de Saint-Étienne-de-Bolton pour écrire les chansons qui deviendront l’album Dehors Novembre, il n’était pas tout à fait dans le vibe de licornes, popsicles et arc-en-ciel. Il était déjà dans les débuts d’une dépression qui, très malheureusement, l’amènera à s’enlever la vie quelques années plus tard. C’est donc normal que ce gris au dessus de sa tête soit la couleur qui domine la majorité des chansons de l’album. Forcément, plusieurs chansons auraient pu être ici (dont l’excellente Le Répondeur), mais mon choix s’est arrêté sur l’hypnotisante pièce qui conclut le dernier album du leader du groupe québécois. Principalement par son rythme presque militaire, à grands coups de percussions qui alourdit l’atmosphère, le riff de guitare répétitif, les paroles et l’interprétation du chanteur que l’on sent dépérir à l’intérieur de cette chanson. On sent pratiquement que la chanson a été enregistrée avec la mort qui volait au-dessus de lui.

 

9. Yesterday – The Beatles (1965)

 

Qu’y a-t-il à dire qui n’a pas déjà été dit sur le grand succès des Beatles ? Possiblement parce que nous l’avons tous trop entendu, on ne pense pas à Yesterday comme toune décrissante. Pourtant, la balade écrite par Paul McCartney est l’histoire d’une rupture amoureuse qui nous rappelle que tout peut changer en une seule journée. Yesterday, all my troubles seemed so far away. Un immortel classique.

 

8. Les voyages en train – Grand Corps Malade (2006)

 

Des Beatles à Grand Corps Malade ? Hey! Qu’est-ce tu vas faire ? Grand Corps Malade est un artiste, beaucoup plus connu en France qu’ici, qui excelle dans l’art poétique oratoire qu’est le slam. Autrefois exprimant ses textes sans musique, son énorme succès et son talent l’ont amené à mettre de la musique sur son art. De sa voix grave facilement reconnaissable, cette chanson exprime comment il voit les histoires d’amour comme les voyages en train. Même si tu veux sourire à l’écoute de ses constatations cruellement vraies, l’histoire que te raconte Grand Corps Malade n’est pas des plus roses.

 

7. Angel – Sarah Mclachlan (1998)

 

Parle-moi d’une toune qui te crisse à terre ! Wow. Juste le vibe de la toune, la musique et la voix de la chanteuse suffisent à te déprimer. On dirait que le canon d’un revolver sur ta tempe semble soudainement confortable. Pour plusieurs d’entre vous, c’est aussi la chanson f*cking triste que tu associes à la publicité des chats et chiens blessés de la ASPCA (American Society for the Prevention of Cruelty to Animals). Et pis là, tu lis les paroles. La chanteuse a écrit la chanson suite au décès du claviériste des Smashing Pumpkins, emporté par une overdose d’héroïne. La toune tente d’expliquer comment se sent quelqu’un qui se retrouve dans l’endroit peu enviable où il devient tellement mélangé, qu’il perd ses repères. On peut penser que « the arms of an angel » est l’endroit où les personnes trouvent refuge pour s’évader, mais qui est véritablement un terrible piège qui se camoufle sous des traits enchanteurs.

 

6. Hurt – Johnny Cash (2002)

 

Hurt est une pièce qui a originalement été écrite et interprétée par le groupe Nine Inch Nail qui a ensuite été reprise par la légende du country. Pourquoi alors celle-ci au lieu de celle de NIN ? Au-delà de la formidable interprétation de Cash, c’est surtout comment la chanson colle à la peau du chanteur et son contexte. Le chanteur avait 70 ans au moment d’enregistrer la chanson, avait de sérieux problèmes de santé et se savait « dans ses derniers milles » (il est décédé en mai 2003). En regardant les paroles de ce morceau, il est facile de voir comment Cash s’en sert pour faire une rétrospective de sa vie. La voix affaiblie par la maladie, c’est avec conviction et mélancolie que l’homme en noir livre son dernier grand succès : What have I become / My sweetest friend / Everyone I know goes away / In the end.

 

5. Mad World – Gary Jules (2001)

 

La 5e entrée de ce palmarès est également une reprise. Mad World est une chanson du groupe Tears for Fears que le chanteur américain Gary Jules s’est habilement et indiscutablement approprié. La version de 1983 du groupe Tears for Fears est tellement à des kilomètres de la version de Jules, c’en est ridicule. Jules l’a transformé en une balade mélancolique habillée d’une douce mélodie de piano. De plus, la voix fragile du chanteur, sans artifice mais tellement expressive, traduit une histoire où un enfant/adolescent vulnérable décrit le monde dans lequel il semble ne pas appartenir. Il n’est pas très difficile, avec l’atmosphère dans laquelle nous plonge cette superbe chanson, de constater que parfois, nous vivons effectivement dans un Mad World.

 

4. Golden Leaves – Passenger (2014)

 

Qui a-t-il de plus difficile qu’une rupture ? Le moment avant. Lorsque tu te rends compte que l’inévitable arrivera. Le constat cruel du chemin qui prend fin alors que tu te rappelles à quel point les débuts étaient magiques. T’essaie de t’accrocher, mais tu sens tes mains glisser. Les chansons de Passenger ont toujours cette façon de mettre les bons mots ou les bonnes images sur les sentiments que nous avons tous déjà vécus. Dans Golden Leaves, le chanteur décrit cette obstination à s’accrocher à un amour perdu ainsi : « Now my dear we are two golden leaves / Clinging desperately to winter trees ». Une très belle chanson, touchante, mais surtout f*cking triste.

 

3. Hier encore – Charles Aznavour (1964)

 

Cette chanson, c’est exactement le discours que tu ne veux mauditement pas avoir lorsque tu arriveras vers la fin de ta vie et que tu regarderas ton parcours. Comme seul Aznavour peut le faire, cette chanson raconte le gars qui constate qu’« hier encore j’avais vingt-ans », et que le temps lui a glissé entre les doigts. Avec une poésie et des mots si judicieusement choisis, Aznavour chante « j’ai perdu mon temps / à faire des folies/ qui ne me laissent au fond / rien de vraiment précis / Que quelques rides au front / et la peur de l’ennui. ». Tout est dans l’émotion d’une voix remplie de regrets, ciselée par les années, qui te met en garde contre le temps. Ce n’est possiblement pas dans ton registre de style musical, mais tu ne peux qu’être secoué par la sagesse de cette pièce légendaire.

 

2. Ne me quitte pas – Jacques brel (1959)

 

Incontestablement l’une des plus belles chansons jamais écrites dans l’histoire de la musique. Encore ici, c’est difficile de dire ce qui n’a jamais été dit sur cette mythique pièce. C’est un gars qui implore celle qu’il aime de ne pas partir. Au départ d’une grande simplicité, c’est dans tout le désespoir et le désarroi du discours que la chanson devient symbolique. Que dire de la l’interprétation de Brel ? Chaque mot, chaque respiration, chaque intonation, chaque silence est senti. Lorsque l’on parle d’une grande performance. Brel incarne l’homme poussé à bout, au fond du baril qui sait pertinemment qu’il n’est rien sans sa moitié, qu’il ne pourra pas vivre sans elle. Tantôt, il exprime la naïveté de l’espoir, tantôt il est inconsolable devant l’évidence. Une expérience bouleversante à chaque écoute. Pis calissement déprimante.

 

1. Avec le temps – Léo Ferré (1970)

 

Ok, là on s’attaque à la crème de la crème du décrissage. J’ai même le goût de t’avertir de pas écouter la toune si tu feel pas terrible ces temps-ci. Ça joue dans les mêmes plates-bandes qu’Hier Encore et Ne me quitte pas, mais juste 100 fois plus pénible à endurer. Se résumant à simplement à « Avec le temps tout s’en va », c’est une chanson noire, triste, accablante … dé-ca-li-ssan-te. La voix de Ferré et la ligne de piano convergent en une complainte éprouvante qui semble ne jamais finir. On dirait un animal en agonie qui refuse de rendre l’âme. Certains qualifient cette pièce d’une des plus grandes chansons françaises, moi je n’ai aucun plaisir à écouter cette déchirante sérénade. Après l’écoute, t’as juste le goût de chercher un câlin pour te convaincre que la vie ne doit pas être si pire, calisse ! Et c’est pourquoi, elle occupe la première position du palmarès.

Bout d’viarge, c’est pénible.

 

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Ouain, c’tait pas le palmarès le plus léger.

Néanmoins, j’espère que t’as apprécié. Parce qu’au-delà des tons franchement grisâtres et maussades des tounes, ça reste tout de même de superbes morceaux !

Ok j’me sens mal de possiblement t’avoir déprimé. Va regarder ce vidéo de bébé qui est crampé (sérieux c’est DÉBILE) : https://www.youtube.com/watch?v=UjXi6X-moxE

À la prochaine !

 

Le Moes

6 thoughts on “12 tounes qui vont te décalisser l’moral

  1. Reply Cri Sep 4,2014 16 h 36 min

    Dédé, Brel, Aznavour… Du bonbon! Du very dark bonbon, mais du bonbon tout de même.

  2. Reply Véronique Sep 9,2014 11 h 29 min

    Je me demandais quelle toune était plus décalissante que Creep…
    Grâce à ton post, j’en connais maintenant 10 qui le sont plus! Malgré tout, je vais garder Creep comme toune depress, parce qu’elle est 10 000 fois plus pimpante que ton top 3!

  3. Reply Catherine Sep 9,2014 18 h 33 min

    Me semble que j’étais de bonne humeur en arrivant de travailler…ouf tout un décompte. Je connaissais la plupart, mais merci d’avoir enrichi ma culture! Personnellement une chanson qui me déc….sse l’âme c’est God Bless the Child de Shania Twain. La maman que je suis ne peux pas écouter cette chanson sans chialer sa vie et c’est encore pire quand il y a eu un drame familial annoncé dans les médias ou bien une tuerie dans une école!

    Bon tu vois dans quel état tu m’as mise

    Je t’aime pareil!

  4. Reply Monique Lacelle Oct 19,2014 21 h 53 min

    Simon,

    Tu es un artiste et philosophe dans l’ame, ne cesses pas de nous epate. xo

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