Anecdote : La fois où j’ai cassé un verre de vin Riedel 2

Salutations !

Vous savez, peu importe les différences des individus qui forment une union/couple, il y aura toujours des certitudes :

– Tu te feras reprocher de temps en temps de ne pas baisser le siège de la toilette.

– Il y aura toujours trop de longs cheveux éparpillés dans la salle de bain.

– Y’a quelqu’un qui va effacer accidentellement l’émission de l’autre sur le PVR.

– Une chicane émanera du fait qu’un de vous a tiré la couverte toute la nuit.

– Le « c’est ton tour » de faire une tâche plate X dans les corvées ménagères.

Et la plus cruelle vérité : le Bon Dieu te poignardera direct dans l’orgueil en donnant raison à ta douce moitié dans le pire moment possible.

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Il y a une époque, pas si lointaine, où je n’étais pas un grand consommateur de vino. Moi, c’est plutôt la bière (commerciale ou plus artisanale). Le vin c’était lors de souper plus significatif, les 5 à 7, les mariages où n’importe quelle occasion où je tentais de démontrer que j’étais désormais une grande personne qui ne rit plus quand quelqu’un pète.

Et puis, j’ai rencontré mon ex-copine.

Lorsque tu es homme célibataire habitant seul et que ton budget est tout de même restreint, y’a certaines choses qui risquent de manquer à ton arsenal. Un séchoir à cheveux. Un kit de serviette à main qui s’agence. Des cadres sur les murs. Un centre de table. Un miroir plein pied. Et lorsque tu ne bois pas de vin : des verres à vin.

Là, tu vas te dire « Ouais, mais quand tu reçois, ça te prend des verres à vin. ». C’est probablement la plus grosse menterie que tu vas te conter en tant que célibataire mâle qui vit en condo. Même si tu fais plein de plans, tu ne reçois pas TANT que ça. Si tu reçois, c’est 3-4 chums pour du hockey, et tes verres viennent directement en paquet de 6, 12 ou 24. « Ok, mais tu dois bien recevoir des dates à l’occasion ? ». La vérité, c’est que c’est une période dans ma vie que j’étais pas mal en guerre contre le dating. Alors, des filles et des soupers fancy ? Pas tant ! Et si oui, c’était de la bière. Arrête de me juger, c’tait dans des verres à bière au moins.

ANYWAY.

Tout ça pour dire que lorsque cette fréquentation est devenue plus sérieuse et que j’ai décidé de la recevoir à souper chez moi. Il a bien fallu avoir cette conversation-là :

Future copine : « Comme tu fais à souper, j’vais apporter à boire. Es-tu plus vin ou bière toi ? »

Moi : « Plus bière je te dirais. Toi ? »

Future copine : « Les deux ! J’aime beaucoup le vin par contre. »

Moi : « Bin j’ai aucun problème si tu préfères boire du vin ce soir ! »

Future copine : « Parfait, vin ce sera ! »

Moi : « Seule chose, j’ai pas de verre à vin. »

Future copine : « C’t’une joke ? »

Donc, ce soir-là, j’ai mangé mon repas seul en échappant des larmes dans mon verre de bière.

Ok non.

Heureusement, elle est venue quand même, mais on a bu de la bière. Sauf que lorsque notre relation fut officialisée, cette femme au cœur généreux s’est pointé un beau soir de souper avec un paquet de 4 verres de vin de marque Riedel. Elle avait ainsi, subtilement, annoncé ses couleurs quant au sérieux de notre relation. Un genre de : « Tu me plais beaucoup, mais no way que je peux avoir une relation sérieuse et durable sans coupes de vin. ». C’était donc réglé.

Fast forward quelques mois plus tard, le vin fait partie de ma vie, au même titre que cette petite bête. Les 4 verres Riedel se remplissent et se vident à un rythme assez régulier pour justifier leurs achats. Comme notre couple ne vivait pas encore sous le même toit, j’étais celui responsable de laver et polir les coupes les lendemains de bonne bouffe/beuverie.

Que ce soit des verres de qualité qui résonnent ou des verres qui font un drôle de bruit de plastique cheap lorsqu’ils se frappent ensemble : inutile pour moi de me casser la pioche pour les laver. Eau savonneuse chaude, frotter, rincer, sécher. Simple comme ça. Pas de technique précise, pas d’eau à température pièce ou toute autre manipulation élaborée. Ploutch-Ploutch, Schlick-Shlick, Frotte-Frotte. Merci bonsoir. J’ai dû faire cette opération des dizaines de fois, sans quelconques anicroches.

C’est quand, crois-tu, la SEULE et UNIQUE fois, que ma routine (vieille de plusieurs mois, je précise encore) à chiée dans mes mains ?

BIN OUI : La toute première fois que je lave les coupes devant ma blonde.

ÉVIDEMMENT.

Samedi matin, surlendemain où nous avons bu une bonne bouteille de rouge californien bien relax pour décompresser de la semaine. Les cheveux en bataille, l’haleine de café, les pantalons de jogging baggy et mon t-shirt « Kilimandjaro 2011 » (ok je n’ai jamais réalisé l’exploit, mais t’as pensé que j’étais cool pour deux secondes).  Je m’apprête à faire ma p’tite vaisselle. Part mon eau, squeeze le Dove, et plonge les 2 coupes dans l’eau. Copine, me trouvant surement irrésistible, se lève du sofa et vient me jaser. Parlant des plans de la journée, je remarque surtout son regard agacé en fixant mes mains qui lavent les coupes.

PARENTHÈSE.

Y’a rien qui stresse plus un chum qui se consacre à une tâche que le regard insistant de sa blonde sur celle-ci. Que tu poses un cadre, que tu cuisines quelque chose, que tu recherches sur Internet, que tu LAVES DES COUPES DE VIN … observe-moi et je ne sais plus comment fonctionnent mes mains. Ce regard maudit et accusateur me ferait faire une faute dans mon propre nom.

FIN DE LA PARENTHÈSE.

Inévitablement, j’apprends de sa bouche que ma technique est un peu trop « rough » et que je devrais faire attention parce que « les Riedel ça se casse facilement ». Pourquoi on achète ces verres-là, s’ils sont facilement cassables ? Parce que « c’est de la qualité ».

Relis le dernier paragraphe et dis-moi que ça se tient.

Whatev.

Donc, comment un gars réagit à ça ? « Inquiète-toi pas / ça fait 30 fois que je lave ces verres-là / J’sais c’que j’fais / Franchement j’ai pas 8 ans / J’pense que j’capable de faire ça sans toi / blablabla. »

Crisse que tu vois ce qui s’en vient.

Je termine de laver mes coupes et ma blonde regagne le sofa. J’attends un 2-3 minutes et je me lance dans le séchage/polissage de ces Riedel de malheur. Je sèche la première coupe avec une habileté déconcertante et en un temps record. Fort de mon exploit, je me lance tout aussi confiant dans la deuxième coupe. Et là …

*CLING*

LE bruit qui est si facilement reconnaissable. LE bruit qui ne peut pas être rien d’autre que l’épais qui vient de casser une coupe en l’essuyant trop « rough ». LE bruit que tu ne voulais pas qu’elle entende du salon.

Et là, je reste en silence avec les morceaux de vitre dans mon linge à vaisselle et je fixe ma gaffe.

Et j’entends, au loin, ce qu’un chum ne veut jamais entendre : « J’te l’avais dit ».

La rage intérieure qui m’envahit me rend immobile et aucun membre de mon corps ne réagit. Je suis là, dans la cuisine avec l’objet de ma défaite entre les mains. Parce que oui, je viens clairement de perdre. Elle : 1, moi : 0. Elle ne m’a pas piqué une crise. Elle n’a pas besoin de prouver son point. Mon argumentaire est aussi brisé que la coupe que je tiens à la main. Elle a simplement souligné le fait qu’elle m’avait prévenu et que visiblement je ne l’ai pas écouté.

Comprenons-nous bien : Ce n’est pas d’avoir brisé la coupe qui me met le feu au cul, mais bien LE SENS DE L’HUMOUR DE MARDE DE LA VIE À CE MOMENT PRÉCIS. Est-ce que la vie pourrait me kicker dans les testicules plus clairement que ce samedi matin ? La réponse est non.

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Parce que.

Les couples, nous le savons tous, vivent sur une dynamique de compétition. Que ce soit subtil ou flagrant, y’a une volonté de gagner. Que tu sois l’homme ou la femme, c’est le but recherché que d’avoir raison. Ça donne de la crédibilité à tes prochains argumentaires, à ta prochaine obstination, à ta prochaine chicane. Plus t’obtiens de petites victoires sur l’autre, plus tu deviens le dominant quand tu t’obstines, parce que t’as toujours le loisir d’aller piger dans le sac « j’avais raison là-dessus » à ta guise.

Un grand sage a un jour dit : « Faut choisir ses batailles ». En ce sens que, tu ne peux pas toute gagner les chicanes. Elles ne méritent pas toutes ton plein investissement. Même si, parfois, tu sais pertinemment que tu as raison, tu dois être celui qui cède.

Parfois c’est toi, et parfois c’est une crisse de coupe de vin de « qualité » qui cède pendant que tu fais « l’irresponsable, l’odieux et le dangereux mouvement » de l’essuyer avec un linge.

Merci Riedel de m’avoir fait perdre un argument que j’allais aisément gagner.

MERCI.

Moes

2 thoughts on “Anecdote : La fois où j’ai cassé un verre de vin Riedel

  1. Reply JP Vachon Juil 12,2016 11 h 20 min

    Ahhhhh que c’est bon!!!! Triste réalité mais il faut choisir ses batailles mon Moes. Tel le veut le proverbe « happy wife, happy life »!! Heureux de te lire à nouveau :)

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