Anecdote : La fois où un des boys s’est échappé à la pêche 6

Salutations !

J’voulais lancer le nouveau blogue en grande pompe, alors j’ai pensé à une histoire hilarante qui est arrivée cet été à un de mes très bons amis. Sauf que l’histoire en tant que telle n’est pas des plus glorieuses pour lui. C’est probablement même une des plus humiliantes. Reste que c’est une histoire que je me plais tellement à raconter que j’ai pris la chance de lui demander le droit de raconter l’anecdote. Bon joueur et fidèle liseux du blogue, il a accepté.

Bon, certains diront que « c’qui s’passe à la pêche, reste à la pêche ». Je suis en accord avec l’adage. Néanmoins, l’ami en question, un gars très volubile, n’a lui-même pas pu s’empêcher de raconter sa mésaventure en dehors du cercle de pêche. L’information a coulé entre temps. Tsé, il y a eu une fuite. Vraisemblablement, les mots des deux dernières phrases ont été judicieusement choisis.

À son grand malheur, voici la fois où mon chum s’est échappé à la pêche. Tu comprendras que je ne le désignerai pas directement par son nom. On est chien, mais on est pas trou d’cul.

Apprécie.

+++

Chaque année, la gang de boys, on s’organise un voyage de pêche de 3-4 jours dans le fin fond des bois. C’est une tradition annuelle que nous faisons depuis quelques années. Même si la pêche n’est pas toujours des plus miraculeuses, les bons moments qui en ressortent sont toujours mémorables.

Cette année ne fit pas exception.

Samedi matin, troisième journée de pêche, il est environ 8 heures. On a déjà cassé la croûte, séparé les pêcheurs par bateau, et le gars dans gang qui veut toujours se montrer le pénis pour rien vient de le faire. Un matin de pêche normal, quoi. On élabore les derniers préparatifs pour passer un bon 4-5 heures sur le lac avant de revenir au chalet pour diner. Déjà, on a un problème à l’horizon : le ratio bière-bouffe n’est pas égal. Osti ! On a bin trop d’bouffe ! Enlève le superflu et rajoute des canettes de nectar des dieux. Nous sommes trois dans notre bateau. Moi et deux phénomènes. Le premier est le costaud avec un frame assez imposant pour le remplir aisément de mousse et l’autre est natif de l’Abitibi. Donc, ça prend bin du carburant pour abreuver ces deux jouals.

On fini par s’entendre sur le nombre de canettes à apporter pour quelques heures de pêche. J’pense qu’on a arrondi à 375. On prend notre attirail de pêche, le cooler plus pesant que le cul de Nicki Minaj, et on se rend au bateau, situé au bas d’une pente de gravelle. On load l’embarcation et on pousse le bateau du bord pour pouvoir entreprendre la journée. Le moteur n’est pas parti encore que le gars de l’Abitibi ouvre sa canette. Y’a pas tort, y’é quand même 8h29. On prend du retard. Focus, messieurs, bout d’viarge.

Une dizaine de minutes plus tard, on est dans une baie tranquille et on lance les lignes à l’eau. Le calme plat, la fraicheur d’une brise légère, la brume sur le lac, le soleil encore endormi avec ses crottes dans le coin des yeux : esti que la vie est simple. On place un mot de temps à autre, sirote notre cervoise, on attend que le poisson taquine la ligne. D’la pêche, crisse.

20 minutes plus tard, ça commence.

Un léger inconfort se lit sur le visage du plus costaud qui semble chercher quelque chose le long de la rive bordant le lac. Il semble analyser le bois autour de nous. Visiblement non satisfait de sa recherche, il annonce ses couleurs : « Vous autres les gars, mettons que faudrait j’retourne au chalet pour aller chier, là …? ». Le gars est d’un naturel farceur, donc on rit un peu, croyant à une blague. Sauf qu’en riant avec nous, on voit bien qu’il disait vrai et qu’il apprécierait bin gros si on retournait au chalet afin qu’il se soulage.

Le gars de l’Abitibi pis moi, on est pas du monde difficile à vivre, ni des pêcheurs trop sérieux. Donc, de refaire la ride de retour de 10-15 minutes et de laisser l’costaud faire son kéka, ça nous dérange pas plus qui faut. On perd 30 minutes de pêche, big deal. En plus, en disant ça, on dirait que mon café me travaille l’estomac aussi. C’tait vraiment pas pressant, mais comme on ferait le détour, j’en profiterais pour faire ma p’tite affaire aussi. L’Abitibien lui, pensait surement à refaire le plein de bière. On est down avec ça. « Allright, merci bin, rentrez vos lignes les boys », ordonne le costaud.

Donc, même pas une demi-heure après avoir lancé nos lignes à l’eau, on repartait de plus belle vers le chalet. Là, on rit de la situation les trois ensemble. On fait des jokes de MARDE, on le traite de plein d’MARDE, qu’on a pris une décision de MARDE. Bref, tu vois le thème. Après un 2-3 minutes à rouler la poignée du moteur bin tight au fond, l’atmosphère change. Le visage du costaud a perdu de ses traits de gars heureux. Tsé là, la face du gars qui veut bin rire, mais qui est juste pas capable. Le sourire en coin, mais les yeux qui crient la souffrance. Difficile à expliquer : genre la face que tu ferais si pendant que tu te fais faire une fellation, quelqu’un te donne des coups de marteau sur les orteils. Une douleur-plaisir. Anyway, on voit que ça s’passe pas bien.

En plus, tu sais ce que ça donne une chaloupe full speed quand ça rencontre des vagues d’autres bateaux ? C’est ça, ça donne des coups en les frappant, les vagues. En le fixant, on s’aperçoit que le pauvre homme a la LÈVRE INFÉRIEURE QUI SHAKE. Oui, il est rendu aux frissons de pré-kéka. La marmotte est sur le bord du trou. Le cigare est au bord des lèvres. La compagnie créole va commencer le spectacle. You know.

Comme pour enlever tout doute sur l’état d’urgence qui l’affecte, le costaud se lève debout pour conduire. Non seulement, les secousses lui brasse un peu trop le pudding, mais y’a hâte de débarquer là.

Hey, la beauté de voir un homme de 30 ans conduire un bateau full speed debout, la sueur lui perlant sur le front et la lèvre qui shake parce qu’il est sur le bord de se chier dessus … indescriptible. Tsé, t’as beau vouloir être empathique parce qu’on a tous vécu ça un jour, sauf que y’a tu d’quelque chose de plus drôle que voir un chum souffrir parce qu’il est à quelques minutes de se beurrer au grand complet de ses propres excréments ? La réponse : rien.

Voyant enfin l’endroit pour accoster le bateau au loin, il lâche ces mots qui résonnent encore dans ma tête à ce jour : « Tabarnac, j’me rendrai pas au chalet … ». Le ton sinistre de sa réalisation était le même que le malade sur son lit de mort qui constate que l’inévitable va se produire.

Soudainement, un éclair de génie lui vient : « J’va chier sur le bord de la plage. Check, pas le choix ! ». Crampé en deux, l’Abitibien pis moi on se regarde et on planifie comment on va procéder à l’accostage pour que ça se fasse le plus vite possible pour accommoder l’costaud qui sue maintenant plus qu’Ozzy Osbourne après un show de deux heures.

On arrive sur la plage. On est enfin là. Dans sa tête, le costaud se dit que son calvaire est enfin terminé et qu’il pourra balancer la sauce sur le bord. Sauf que, soudainement, Jimmy, le gars qui s’occupe de la pourvoirie arrive de nulle part avec son quatre roues. Évidemment, il s’approche pour nous aider à tirer le bateau.

Le plan A est clairement mort. Le costaud doit se rabattre sur le plan B : se rendre au chalet … situé en haut de la pente. D’un bond surprenant, il saute en dehors du bateau, sprinte de façon crissement pas élégante dans la pente et disparait.

On explique alors à Jimmy, gars de bois, que la nature a appelé notre chum. Son regard vide témoigne qu’il avait rien compris. Donc, on a dit que notre chum avait pogné une sacrament d’envie d’chier à beurrer les murs. Là, y’a compris.

Quelques minutes plus tard, le bateau ancré au bord, l’Abitibien et moi on se dirige tranquillement vers le chalet. On spécule sur le fait que si oui ou non, notre boboy a réussi à atteindre la terre promise avant que la guerre éclate. On est pas certains.

On entre dans le chalet. La porte des toilettes est fermée, la fan fonctionne. Bon bin, il a réussi. Le gars de l’Abitibi retourne donc à sa chambre. Moi, je m’installe à la table et je prends la chaise qui fait face à la salle de bain. De sorte que je puisse apercevoir le costaud aussitôt qu’il sortira de la toilette.

Pis là, au travers de la porte, j’entends un son qui viendra mettre en doute l’hypothèse selon laquelle je croyais qu’il avait réussit à se rendre à la toilette sans s’échapper. Ce bruit là, madame, monsieur, c’est la douche. R’garde. Vire ça comme tu veux, mais quand tu dois prendre une fucking douche après avoir fait ton kéka, rarement ça s’est passé comme un charme.

Mais là, penses-tu que je n’anticipe pas ENCORE PLUS le moment où il ouvrira la porte ? Je m’installe bien accoudé sur la table et je fixe cette porte comme un enfant fixerait la cheminée pour attendre le Père Noël. La douche arrête. J’entends le bruit du rideau qui ouvre et se ferme. J’entends le bruit d’une ceinture qui s’fait brasser. Ça ne saurait tarder.

La porte ouvre.

Quand nos regards se sont croisés, nos yeux ont dû s’échanger des millions de choses. Toute la gamme des émotions y est passée : l’empathie, l’humiliation, l’humour, la camaraderie, la honte, la compréhension, la colère et j’en passe. Puis, dans le silence le plus complet, j’admire l’homme dans toute sa fragilité : le sourire en coin, il est complètement nu, les cheveux encore mouillés, et les boxers dans un sac de plastique.

Pas eu besoin d’en dire plus. En une seconde, j’ai tout compris le récit. Les écluses ont ouvert trop tôt. Le yogourt a explosé dans la boîte à lunch. La Compagnie Créole a commencé le spectacle en avance.

Bref, il ne l’a pas faite. J’apprendrai qu’en ouvrant la porte du chalet, il a également « ouvert » autre chose.

Comme on dit : so close, but so far.

MDR.

 

+++

J’ai toujours eu un malin plaisir à raconter cette histoire à qui veut bien l’entendre. Aussitôt que l’costaud me donnait le hochement de tête d’approbation, je partais.

Aujourd’hui, je le racontais de long en large, à toi. Parce que le plaisir de se raconter s’perd.

Hey, bienvenue sur le blogue du Moes.

 

Le Moes.

6 thoughts on “Anecdote : La fois où un des boys s’est échappé à la pêche

  1. Reply Catherine Oct 17,2014 16 h 10 min

    Merci de me régaler de ce délicieux moment! Quand est-ce que tu m’invites à ce week-end de pêche?

  2. Reply Allison Oct 17,2014 16 h 11 min

    hahahaha tellement bien décrit en détails, je VOIS la scène.

    Une bonne histoire de marde, y’a rien qui bat ça. Ma gang de chums de filles (eh oui, des filles aussi:P), à chaque fois qu’on se réunit (ou presque), on finit par raconter pour la xième fois chacune notre histoire de marde incontrôlée….qui nous ait arrivée à nous ou un proche :P

    Vivement ton blogue

  3. Reply Chat-licorne Oct 17,2014 17 h 38 min

    Props Catherine pour avoir utiliser le mot RÉGALER.
    Ce sera tout.

  4. Reply Chat-licorne Oct 17,2014 17 h 39 min

    *utilisé

  5. Reply Vince Oct 18,2014 15 h 09 min

    Trop drôle. Merci de m’avoir fait rire avec:

    1) Le fameux frisson pré-kéka…tout le monde passe par là un jour ou l’autre!

    2) « La compagnie Créole va commencer le spectacle »…Métaphore de l’année, sans l’ombre d’un doute!

  6. Reply Broux Oct 20,2014 4 h 31 min

    Ahhhh les chums, la bière et le chalet! Ca finit toujours en belles (ca depend des cas) anecdotes de fin de soirées. J’aime ton blog, lâche pas!

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