Voyager : L’océan pis Joe, le vieil américain 2

Partir. S’exiler. S’expatrier. Voir du pays. Faire un trip. Crisser son camp. Cette boule inconfortable d’un trop plein de désir de liberté qui grossit en dedans de toi après une journée merdique à ta job. Ce projet saugrenu plus ou moins calculé que tu bâtis et construis avec des amis après une couple de verres dans le nez. Ce petit crochet que tu voudrais mettre à côté d’une destination de ta bucket list. Cette jalousie peu subtile qui te fait rougir les pommettes lorsque tu tombes sur les photos facebook d’un ami qui sourit à belles dents devant un monument célèbre du vieux continent.

Voyager, bref.

Tout le monde veut voyager. Incontestablement, on ne voyage pas tous de la même façon, ni pour les mêmes raisons. T’as le last minute pris un mercredi de tempête de neige de janvier pour aller faire le bacon pendant une semaine dans un resort de Cuba. T’as le voyage élaboré des mois d’avance où chaque détail est réfléchi et planifié. T’as le backpack de 3 mois en Europe avec comme seul préparatif, des bobettes propres. T’as le roadtrip entre boys le long de la côte ouest américaine, cheveux au vent, pour se sentir young, wild and free. T’as la simple fin de semaine tranquille en amoureux dans une charmante petite ville comme Québec. T’as tout ça. Voyager, c’est pas précis. C’est quitter ton patelin pour vivre quelque chose de différent ailleurs. Briser ta routine. Décrocher, qu’ils disent.

Personnellement, je n’ai pas grandi dans une famille de grands voyageurs. Bien sûr, on s’est promenés chaque année pendant les vacances d’été, mais à l’intérieur de notre belle province. J’ai pris l’avion pour la première fois (et la seule) à 22 ans et le train l’année suivante. J’ai franchi la frontière des États-Unis pour la première fois, il y a 6 ans et j’ai visité New York. Je n’ai donc visité qu’un seul pays, outre le mien.

Genre que si j’avais une mappemonde en poster sur le mur de ma cuisine et que j’y plantais une punaise pour indiquer les endroits que j’ai visités hors-Québec … je n’aurais pas beaucoup de trous dans mon mur. Une dizaine de punaises, tout au plus. Et là-dessus, j’inclus les 4 pour tenir mon poster sur le mur.

Par contre, cela fait 2 fois que je me rends à Myrtle Beach, en Caroline du Sud, pour un voyage de golf avec mes meilleurs chums. On remplit bin tight le SUV pis on se pète un roadtrip de 16 heures, straight. D’ailleurs le propriétaire du SUV est un homme de fer qui s’est déjà claqué le 16 heures à lui seul. Grosse canne d’energy drink entre les cuisses, compilations MP3 de toutes sortes, co-pilote semi-conscient et symphonie de ronfleux sur le banc en arrière. C’est une longue ride, mais ça fait aussi partie du trip.

Le célèbre penseur Confucius a un jour dit que « Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même ». Le philosophe Sénèque a, quant à lui, affirmé : « A quoi sert de voyager si tu t’emmènes avec toi ? C’est d’âme qu’il faut changer, non de climat. ». L’écrivain français Jean Grenier a écrit qu’« on peut voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver. ». Pas beau ça ?

Bref, on voyage tous pour des raisons différentes, mais moi je crois qu’un voyage doit aller au-delà du simple mouvement géographique. Plus que d’aller du point A au point B, puis on retourne au A. Tu devrais ressortir quelque chose de ton périple. Te laisser surprendre par quelque chose. Te faire déstabiliser. Tu sais ce que tu devrais amener dans ta valise ? Tes yeux de kid. Ceux qui se laissent impressionner par tout. Ceux qui découvrent avec stupéfaction les peccadilles. Ceux qui ne jugent pas ce qui ne connaissent pas, qui se laissent apprivoiser. Ceux-là, squeeze ça à côté de ton passeport.

J’dis ça parce que dans ma si peu impressionnante carrière de voyageur, j’ai eu quelques moments surréels où j’ai été shaké. Ce sont des moments très spéciaux que je retiens de mes voyages.

Je t’en raconte deux, issus de mon premier voyage à Myrtle Beach avec mes chums.

Apprécie.

beach

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L’océan

Comme je te disais plus tôt, je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie. Les destinations sur ma feuille de route n’ont rien d’exotique non plus. Ce qui fait que, j’ai vu un océan, en vrai, pour la première fois à 25 ans. Fucking 25 ans. Tsé, depuis que t’es kid que tu vois cette étendue d’eau dans les films, dans les documentaires et sur des photos. Tu sais de quoi ça a l’air pis comment c’est beau pis toute pis toute. Big Deal.

Doux Jésus.

Nous sommes dans le parking à Sunset Beach, à Myrtle Beach. Une grosse dune de sable cache la plage et l’océan derrière. Ce que je vois, c’est une colline de sable et du ciel. À mesure qu’on s’avance et qu’on gravit la côte, le paysage se découvre. J’me souviens c’tait comme dans un film, j’anticipais ce moment. Et puis au sommet, boom. Ça m’a frappé. J’me suis retrouvé devant probablement le plus beau spectacle de ma vie. L’immensité de l’océan et du vide à perte de vue. Je sais que ça sonne vraiment space et weird mon affaire, mais je me retrouvais pour la première fois devant ça. Tsé quand t’as juste pas de mots à dire pis t’as un sourire de ti-cul de 5 ans qui se dessine sur ton visage totalement obnubilé. J’avançais sur la plage avec les autres gars, mais je fixais le paysage, encore incrédule.

Mes boys, eux, ont déjà vu l’océan, soit dans le sud ou encore parce qu’ils sont venus avant moi sur cette même plage dans les années précédentes. Fak j’ai l’air d’un parfait imbécile, la bouche ouverte, comme si je voyais une femme nue pour la première fois de ma vie. Alors, que les gars commencent à me dire, « ok faudrait que t’en revienne la, passe-moi une bière ! », moi je suis totalement hypnotisé. Surréel. Subjugué.

Je ne sais pas trop comment décrire le feeling qui m’habite quand je me retrouve devant un océan. C’est peut-être de constater l’immensité de notre monde. J’veux dire, c’est quand dans ton quotidien tu fixes l’horizon pis y’a rien, mais juste ARIEN à perte de vue ? Jamais. C’est peut-être de se sentir soudainement si petit à ce moment précis qui me rentre dans le corps. C’est de sentir complètement au bout du monde. C’est le calme soudain quand t’es habitué au bruit constant. Un peu comme chante Passenger : « You see, all I need’s a whisper in a world that only shouts. »

Anyway, l’océan c’est calissement mental.

 

Joe, l’américain de fer

Revenons un peu plus dans le concret et le côté moins hippie du voyage : le golf. Myrtle Beach, c’est la place pour ce merveilleux sport. Surnommé « La capitale mondiale du golf », la région renferme plus de 100 terrains ! Pour l’année 2007, 3,7 millions de rondes de golf s’y sont jouées.

Golf is THE shit there, my friend.

Lorsque nous y allons, pour environ une semaine, on y joue entre 5 et 6 rondes de golf. On en jouerait plus, mais c’est quand même dispendieux et on veut également profiter d’autres choses que l’endroit a à offrir (la plage, les bars, le shopping, l’osti de Krispy Kream bin trop cochon pour la ligue à 3 heures du matin, les restaurants et la fine cuisine américaine, etc.).

Au golf, tu sais que ça prend 4 personnes par groupe. Un foursome, c’est ça, tu l’as. Quand ton groupe est en bas de 4, on te jumelle souvent avec un autre groupe ou une personne seule. Histoire que le rythme sur le terrain soit le plus efficace possible. Donc, nous on est 7 ce jour-là, avec la famille d’un de mes boys. Un groupe de 4 et un groupe de 3 (crisse t’es fort en calcul). On split le groupe, et je me retrouve dans le groupe de 3. Le père de mon ami, mon chum pis moi. Les dudes du terrain nous jumellent avec un monsieur, un Américain assez vieux d’apparence et avec une ouïe clairement déficiente. Là, tu te dis : bon! On est pognés pour jouer avec un vieux schnock sourd qui va nous retarder et qui est surement à moitié là.

« Hi, i’m Joe! » se présente-il d’une voie rauque qui trahit son âge.

On part.

D’entrée de jeu, je vous dit ceci : Je ne suis pas un professionnel au golf. Je me débrouille bien, mais je ne joue pas assez souvent pour être constant dans mon jeu. Pour les liseux-ses golfeurs-ses, je considère une excellente game dans le 82-83. Comme dans tous les sports que je pratique, je suis zéro technique, je frappe comme je suis à l’aise. Visuellement, c’pas toujours élégant, mais ça marche. Toujours est-il que moi au golf, c’est ma drive que j’suis pas pire. Encore là, je l’échappe dans le bois quelques fois, mais si je la pince sur le museau, elle voyage. Anyway, ce n’est pas pour m’a fendre, c’est utile pour l’histoire.

Au golf, dépendant de ton niveau (ou de ton âge), t’as des bornes qui indiquent où tu frappes ton coup de départ. Plus t’es loin, plus la distance à parcourir est longue. Logique. On part du dernier échelon, parce qu’on frappe quand même fort et quand même bien. C’est un bon challenge. Joe, lui, part d’une borne plus avancée, celle des « Seniors », parce que le bonhomme doit avoir 71 ans. Éthique de golf obligeant, Joe frappe sa balle avant nous. Wow, belle drive pareil ! À mon tour, je frappe mon coup que je sens avoir solidement décrissé au firmament. Le chest bin bombé, j’retourne à la voiturette et on avance sur le parcours, rejoindre nos balles. Arrivé à nos balles, je constate que la balle de Joe et la mienne sont pratiquement côte-a-côte. Wô, attends minute. J’veux bin croire qu’il frappe son coup de départ 20 verges en avant de moi, mais toujours bin que le vieux tabarnak doit avoir frappé genre 280 verges sur sa drive !

J’le connais depuis 15 minutes pis j’l’hais déjà.

Tout le match, Joe et moi on s’échangera le titre de drive la plus puissante. J’en ai gagné, il en gagné. J’fais des blagues sur son âge avancé (en fait, j’lui crie mes blagues parce qu’il est dur de la feuille), mais le bonhomme est remarquablement en forme. Il prend la voiturette, mais souvent il marche jusqu’à sa balle. Yolo l’père. Ça me fascine qu’il frappe pratiquement aussi fort que moi dans mon prime de puissance. La joke de la journée c’est quand j’lui ai dis : « Well, it looks like 70 is the new 20! ». La game avance et non seulement il continue de m’accoter dans les drives (même si j’suis rendu à me sortir de mes crampons tellement j’veux la forcer), mais il conclut la ronde avec un meilleur pointage que moi. C’est un phénomène de 70 ans, me rassurais-je.

Sais-tu quel âge il avait le vieux sacrament d’Américain ? 91 ans. QUATRE-VINGT-ONZE-FUCKING-ANS.

Et là, ça m’a frappé, une deuxième fois encore. J’me suis fait mettre en pleine face qu’un homme d’un âge aussi vénérable, est encore capable de pratiquer son sport préféré, non seulement aisément, mais d’y performer sans limite ou presque. Qu’il soit encore en vie à cet âge relève déjà d’un exploit, mais qu’il n’a pas de problème de santé et qu’il ne se limite pas à rien. C’est admirable. Ça m’a fait capoter.

Et là, ma tête est repartie dans le space/weird. J’me disais que si j’me maintenais en forme, que je mangeais bien et que je prenais soin de moi, je pouvais possiblement vivre agréablement sur cette terre pour encore 65 ans. Que je n’avais même pas fait le tiers de ma vie! Imagine le nombre de chose que tu peux accomplir ! Nous avons appris que Joe était jadis un athlète d’exception qui a joué au baseball professionnel dans son jeune temps, en 1348.

N’empêche qu’à ce moment, sous un soleil radieux et lèvres trempées dans une petite bière américaine de terrasse d’après-match, j’étais shaké.

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C’était un peu long, désolé, j’me sentais inspiré !

Toujours est-il que c’est ce que je trouve le plus enrichissant dans les voyages; ces moments où tu te fais tellement déstabiliser que le temps n’existe plus.

Moi c’était l’océan et Joe, l’Ironman des temps modernes.

Bonne semaine !

 

Le Moes

2 thoughts on “Voyager : L’océan pis Joe, le vieil américain

  1. Reply Catherine Août 28,2014 9 h 55 min

    J’aime beaucoup ceux qui savent encore s’émerveiller des petites choses de la vie (ou des grandes)…la prochaine fois, amène-moi avec toi!

  2. Reply Marilyn Août 28,2014 10 h 54 min

    C’est totalement vrai que trop souvent nos yeux d’enfants restent derrière nous. Mais quand on les apportent, Wow! Les beaux moments!

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